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MONT SAINT-MICHEL.

Déportation.Nombre des prisonniers en France.-Colonies in

térieures de pauvres familles et de mendiants. Le Mont Saint-Michel, que j'ai visité en 1821, a reçu, depuis cette époque, diverses améliorations. Ce rocher sert toujours de prison à ceux qui ont été condamnés à la déportation pour ces délits que nous avons appelés politiques. Les partis vainqueurs y ont tour-a-tour enfermé leurs ennemis. Tel qui fut banni, il y a vingt-cinq ans, par une faction trioniphante, peut être aujourd'hui juge de ceux qui le bannirent autrefois. Mais quel est celui qui, échappé aux misères de l'exil, ou seulement teinoin de nos malheurs, ne pensera pas qu'il est des occasions où une longue détention doit apaiser la justice elle-même ? C'est ce sentiment humain et bienfaisant qui a dicté les actes de la clémence souveraine dont sept déportés prisonniers ont été depuis peu l'objet, D'autres sollicitent la même grace, et les ordonnances royales autorisent les membres de notre Société à recommander ceux qu'une meilleure conduite a rendus dignes d’être mis en liberté. Les membres de la Société ont rempli ce devoir. ..

La déportation est, depuis trente ans, une des peines afflictives et infamantes infligées par nos lois. Elles l'ont placée après la peine de mort et celle des travaux forcés à perpétuité. On attend depuis trente ans qu'un lieu de déportation ait été trouvé. Des essais inutiles et malheureux ont été faits. J'ai dit souvent, et je répète, que ce lieu ne se trouvera jamais. Je crois l'avoir dénontré, et je ne répéterai pas ici les preuves que j'ai recueillies à ce sujet, et que j'ai déposées au ministère.

L'Angleterre couvrant l'Océan de ses vaisseaux, l'Angleterre qui a voulu dominer sur toutes les mers du globe, a cru aussi pouvoir punir par la déportation, ainsi que les Romains qui étaient maîtres du monde connu. Mais le gouvernement anglais s'est trompé quand il a assigné la Nouvelle Hollande pour lieu de déportation. Il a voulu réprimer les crimes, et peut-être il a donné des encouragements aux criminels. Il ne fallait pas choisir une contrée douée par la nature de toutes sortes d'avantages, et susceptible par son immense étendue de contenir et de nourrir un jour cent millions d'habitants. Sous un autre aspect, cependant, cette erreur a été heureuse. Les Anglais ont, par un résultat imprévu, fondé des colonies florissantes, où des familles estimées se transportént avec leur förtune, et une autre Europe commence dans ce vaste continent.

L'Angleterre, ajoutant à ses lois anciennes des modifications qui en diminuent la rigueur, a mieux aimé tempérer par la déportation sa législation criminelle que de l'abroger. Elle veut se délivrer de tant de malfaiteurs qui n'ont pas mérité de perdre la vie, mais dont la présence est un sujet continuel de troubles pour la société. Il paraît que les Bermudes recevront désormais les coupables condamnés en Angleterre à être déportés.

Pour nous, dont la situation est si différente, et en attendant que la peine de la déportation soit rayée de notre Code, cherchons du moins à rendre rares les occasions de l'appliquer.

Reconnaissons d'abord que la prison n'est qu'un répit donné au crime, si elle ne corrige pas. Il n'est que trop votoire que, tous les ans, on remet dans la société des troupes nombreuses de scélérats bien mieux instruits à mal faire qu'avant d'avoir été détenus,

Il n'est pas possible de leur refuser la liberté, la loi et l'équité veulent qu'on la leur rende; car un homme ne doit plus être sous la main de la justice lorsqu'il a subi sa peine. Il est certain néanmoins que toutes sortes de crimes et de délits sont commis par les prisonniers et forçats libérés, et c'est à ce désordre qu'il me semble nécessaire de remédier.

Le nombre des prisonniers de toutes les classes en France était, au 1er Janvier 1823, de

- - 30,899 A la même époque, le nombre des forçats étant au bagne, était de

- - - - - - 10,408"

Total des prisonniers et forçats

41,307

· Les forçats qui ont été libérés en 1822, se divisent en trois classes : 1° Libérés à l'expiration de leur peine

1,266 ) 20 Par lettres de grace - :

68 1,960 3° Par lettres de commutation

26) Les galères furent supprimées en 1748, par une ordonnance du 27 Septembre. Les condamnés sont maintenant détenus dans des établissements existants à terre. Ce sont les bagnes de Brest, de Lorient, de Rochefort, et de Toulon.

Les forçats condamnés à terme, étaient, au 1er Octobre 1823, au nombre de

- - 7,898 1 0966 Ceux qui étaient condamnés à perpétuité : : 1,971 ; 9,866 Il en était entré en 1822 - - - - - - - 1,496 La journée d'un forçat, terme moyen, coûte à l'Etat

1 fr. 25 c. Son travail est estimé à ce n'est guère plus du tiers de la dépense qu'il occasionne.

Les militaires de terre et les marins condamnés aux fers pour insubordi: Pendant les vingt années qui ont précédé la révolution, le nombre des forçats n'a été, terme moyen, que de 3669 par an. Mais beaucoup de prisonniers qu'on envoie aujourd'hui dans les bagnes, restaient alors dans les prisons civiles.

Le nombre des prisonniers et des forçats est aujourd'hui à la population du royaume à peu près comme l est à 726. Des recensements furent faits en 1775; mais j'ignore ce qu'ils sont devenus. Je crois cependant les prisonniers moins nombreux aujourd'hui qu'ils ne l'étaient quand les condamnations, pour faux saunage seulement, privaient annuellement de la liberté environ 1150 individus, tant hommes que femmes et enfants. . . .

Quoi qu'il en soit, quarante-un mille individus que la misère, l'ignorance, des circonstances malheureuses, un méchant naturel peut-être, ont conduits dans les prisons, ont vu, depuis quatre ans, leur sort amélioré. S'il est possible, comme je le crois, de diminuer ce nombre, les améliorations deviendront plus faciles et plus étendues, et ce sera, sous tous les rapports, un grand service rendu à la société. Si alors il existe encore des causes de déportation, elles seront fort rares.

Lorsque des classes nombreuses sont en souffrance, c'est à la propriété qu'elles s'adressent. J'ai vu, en 1812, les pauvres de l'arrondissement des Andelys se réunir par bandes de six à sept cents, pour aller de village en village mendier un peu de pain épargné pour eux par les propriétaires charitables. Beaucoup moins nombreux dans les temps ordinaires, ils le sont encore trop cependant. Ces malheureux, trop souvent, n'ont rien à faire. Ce qu'il leur faut, c'est une occupation qui leur donne les moyens de vivre, qui les détourne d'un état de mendicité dont une longue habitude a fait une profession, et qui finit par leur plaire ; car tout leur travail consiste à marcher; et la fainéantise a ses douceurs.

Les colonies intérieures semblent être aujourd'hui le plus facile moyen de soulagement que le gouvernement puisse employer en faveur des familles indigentes. D'autres pays nous en donnent l'utile exemple. La Bavière, la Russie, y ont d'abord consacré des sommes considérables, et sont amplement indemnisées de leurs avances : elles le sont par l'avantage d'avoir mis en valeur des terres incultes et stériles, par la diminution des crimes et des frais de justice. Enfin, il faut mettre au-dessus de tous ces avantages celui d'arracher au désordre et aux besoins nombre de fa

nation, ne sont plus confundus. avec d'autres criminels, et subissent leur peine dans le bagne particulier de Lorient.

"Voyez le tableau qui est à la fin du rapport..

milles désormais propriétaires, et qui, d'ennemies qu'elles étaient de l'ordre social, en deviendront de nouveaux appuis et de zélés défenscurs par la reconnaissance qu'inspire un grand bienfait..

L'exemple de la Hollande mérite surtout d'être cité, parce qu'il est le plus récent, et parce que les succès se sont moins fait attendre qu'ailleurs.

Une société de bienfaisance a été fondée à Amsterdam par M. Van-den-Borch et par d'autres personnes. io. .

Leur but a été l'établissement de colonies domestiques où l'on assurerait aux pauvres le travail et les moyens de subsister. - On a acheté des terres médiocres dans l’Over-Yssel ; on y a construit cinquante cases : on a bâti d'autres édifices d'une utilité publique, et on y a attaché des lots de terre.

Le succès de cette première colonie en a fait établir ensuite une autre qui est aussi de cinquante ménages, et bientôt après une troisième sous le nom de William-Tow. Elles sont toutes sous la protection du Prince d'Orange. La dernière a cent habitations et sept cents acres de terre. . C'est après avoir visité ces établissements, que M. Jacques de l'Espée de Bruges écrivait ce qui suit à la Commission des colonies intérieures : “ J'ai vu la colonie de Wortel en 1822, dans un temps où c'était encore un désert et où l'on en commençait le défrichement; je l'ai vue deux fois cet été, à l'époque de la moisson et de la récolte des pommes de terre, et lorsque des maisons habitées y étaient déja fort nombreuses. Ce spectacle m'a tellement frappé, et j'ai éprouvé une telle satisfaction à l'aspect des belles et riches récoltes de ces champs qui naguères étaient en friche, que je donne à la société de bienfaisance la somme de cinq mille florins des Pays-Bas.” . . .

. .. Ainsi, là où il n'y avait que des déserts,' on yoit aujourd'hui du travail, de l'activité, des moissons ; on a bâti des églises, des écoles, creusé des canaux, fait des plantations.

La France n'a que trop de terres en friche, ou d'un très-faible rapport : il ne manque, pour les mettre en valeur, qu’une association bien dirigée ; et cette direction serait facile, puisque le modèle en existe chez d'autres peuples, et puisque le succès a couronné leurs premiers efforts. Les bras se trouyeront aisément quand la sagesse de l'entreprise aura été garantie par quelques heureux essais. Je n'entre pas dans de plus grands détails, et je presume que le gouvernement a des renseignements plus sûrs et plus complets que tout ce que je pourrais dire à ce sujet. C'est lui qui peut imprimer le mouvement, lui qui a le plus de moyens d'indiquer les lieux où des colonies intérieures s'établiraient utilemeut.

A l'égard des fonds nécessaires, je suis persuadé qu'ils se trouveront aussitôt qu'une association digne de la confiance publique se fera connaître.

Le Roi est le protecteur de la Société établie pour l'amélioration des prisons. Il en est le fondateur et le premier bienfaiteur. Aucun de nous n'ignore les sentiments humains et charitables de VOTRE Altesse ROYALE envers les malheureux prisonniers, et déja les Chambres ont concouru libéralement à leur soulagement.

BARBE'-MARBOIS.

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