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désir de l'union, veut une chose impossible, au lieu que le Brésil en demande une qui est dans la nature des choses. Quand le Brésil était sauvage, désert, ignorant, le Portugal le conquit facilement ; devenu égal en forces, sinon supérieur au Portugal, il ne peut plus redevenir sa conquête : le temps des conquêtes coloniales est passé pour le Portugal comme pour l'Espagne, et il ne reviendra plus pour personne. Le Portugal doit s'arranger sur ce nouvel ordre de choses, et ne plus songer à la propriété du Brésil, mais seulement à commercer avec lui: car, soit par la monarchie, soit par la république, le Brésil est et restera également indépendant. De cette première question, il faut passer à une seconde, et celle-ci est autant couverte d'obscurités que la première l'est de clarté. Le Brésil conservera-t-il la forme monarchique? Ici beaucoup de choses sont à considérer. 1° L'empereur n'est pas encore protégé par le droit légitimaire. Ce prince s'est placé bien en dehors de ce droit à l'égard de son père et de son pays: il a proclamé son affranchissement de ce droit, et nul libéral Européen n'a surpassé la doctrine contenue dans le manisfeste qu'il publia à l'occasion de son élévation à l'empire, qui commençait par ces mots : Le temps de tromper les hommes est passé. En supposant que, par un arrangement amiable, le roi cède à son fils son droit sur le Brésil, cette concession ajoutera fort peu à la considération du cessionnaire, car il n'est guère besoin de recevoir un droit que déjà l'on a pris et déclaré être sien.

Le Brésil est placé au centre des républiques américaines; il sépare Buenos-Ayres de Colombie et du Mexique : l'empereur occupe Monte-video, propriété de Buenos-Ayres, dont on s'est emparé sous les prétextes les plus frivoles; ce prince a parlé fort mal des républiques américaines, il les a qualifiées d'une manière flétrissante pour elles; les sujets de querelle et d'animosité ne manqueront donc pas. De plus, comment le système républicain de l'Amérique s'accommodera-t-il de l'établissement d'une grande monarchie, au milieu de lui? A peu près comme en Europe serait accueillie par la royauté, la survenance d'une grande république. Le Brésil est d'une immense étendue; la surveillance ne peut manquer de souffrir de la grandeur de ces espaces: toute la partie du nord a témoigné de la propension pour l'ordre républicain. L'esprit républicain a éclaté plusieurs fois à Fernambouc; la famille royale de Portugal n'a que deux appuis; la division règne dans cette famille. Si l'empereur préférait le retour au Portugal au séjour du Brésil, que deviendrait ce pays livré à lui-même? l'avenir du Brésil est donc couvert de plus d'obscurités qu'il n'est donné à l'œil de l'homme de pouvoir en pénétrer. On ne peut affirmer qu'une seule chose; c'est que l'état de ce pays est précaire, et qu'il flotte entre la monarchie et la république.

CHAP. XXIX.-Rome et l'Amérique.

Combien le monde s'est agrandi depuis l'ancienne Rome! que connaissait-elle dans cet univers qui n'a plus de secrets pour nous ? César n'a pas plus connu l'Amérique, que la plus grande partie de ses successeurs désarmés, qu'il serait si étonné de trouver à sa place au Capitole, et qui, en répandant des bénédictions sur Rome chrétienne, les adressaient fièrement urbi et orbi, comme Moïse parlait des limites du monde en désignant celles de la Judée. Eh bien, qu'était l'orbis de ces temps en comparaison de celui du nôtre ? De hardis navigateurs, en tournant leurs voiles vers l'Inde et l'Amérique, ont révélé un monde inconnu, et le patrimoine de Saint Pierre a reçu d'eux de superbes domaines. Partout où des Argonautes catholiques portent leurs autels, avec eux ils apportent un trône pour Rome, et toute conquête de l'Europe en devient une pour elle: Rome sans légions a plus acquis et plus solidement qu'elle ne le fit par les guerriers dont le nom en impose encore au monde. Ici, il faut admirer un rare bonheur pour la religion et pour l'humanité. Le ciel a permis que le bras des mahométans s'armât d'un glaive qui, par ses coups, a tout renversé et tout détruit ; la destruction a marché devant eux, ils sont restés comme enchaînés aux rivages, limites de leurs conquêtes ; il semble qu'il leur ait été dit comme à la mer, non ibis amplius. S'ils eussent été navigateurs et coloniaux, que de contrées subissaient leur culte absurde et leurs mœurs féroces! Enveloppant ainsi le monde, puisant aux sources de la richesse, ils envahissaient l'univers.

La domination papale a suivi en Amérique la domination espagnole ; celle-ci lui a aplani les chemins. Rome régissait l'Amérique comme l'Espagne, et le roi catholique était, à Mexico, à Lima, à Buenos-Ayres, le vice-roi du pape, y maintenant son autorité comme la sienne propre ; les principes monarchiques de Rome et de Madrid s'assortissaient fort bien ensemble; l'empire de Rome appuyé sur ces deux pivots n'éprouvait aucun obstacle dans toute l'Amérique ; une population encore faible ne donnait lieu qu'à un petit nombre d'affaires, l'ignorance assurait la soumission aveugle; un pareil ordre de choses s'administre facilement; quelques évêques suffisaient aux besoins d'une population peu nombreuse; paraissant au milieu d'hommes peu éclairés, sous le double égide de Rome et de l'Espagne, ils en imposaient beaucoup; il n'y avait ni complication, ni points de résistance. Mais la révolution de l'Amérique a changé tous ces rapports, elle a atteint Rome autant que l'Espagne. L'Amérique était une en gouvernement, elle est multiple; elle était royaliste, elle est republicaine; elle était ignorante, elle est éclairée, et s'éclairera

tous les jours. Son clergé supérieur était Espagnol, il sera américain; il abondait en nombre et en richesses, il sera réduit à ce qu'exigent les besoins réels et les convenances. Mais le changement le plus important, majeur, celui que l'on peut appeler décisif, résulte de l'accroissement inévitable de la population américaine; ici, il faut porter ses vues au loin, et se bien garder d'évaluer la population à venir de l'Amérique d'après ce qu'elle est dans ce temps; il faut tenir compte de la force des mobiles qui vont concourir à son accroissement. A cet égard l'Amérique espagnole est bien mieux partagée que ne l'est l'Amérique du nord; le climat de la première est admirable, sa terre beaucoup plus féconde, beaucoup plus vivifiée par le soleil, les subsistances plus abondantes, et plus spontanées que dans le nord, les cours d'eau plus nombreux et plus volumineux, et l'on sait que partout la population se règle sur le volume et le voisinage des fleuves; toutes ces propriétés des terres américaines ne peuvent manquer d'amener à leur surface une immense population, et dont la progression ascendante dépassera celle qu'éprouve la population des Etats-Unis, quelque forte qu'elle soit. Voilà pour l'Amérique.

I

En nous tournant du côté de Rome, qu'allons-nous trouver ? une disposition constante à l'immutabilité; c'est là son essence; Rome repose sur une pierre dont on ne peut rien détacher, et contre laquelle on ne peut pas prévaloir; Rome n'avance ni ne recule; elle est fixe; cependant en Amérique tout changera, tout s'animera d'un esprit nouveau; des peuples nombreux s'élèveront dans les lieux que ne vivifie encore aucune population; d'innombrables générations sortiront de cette terre, rien ne peut empêcher leur essor; elles éprouveront les besoins attachés à leur culte, et ce culte sera celui de Rome; ces besoins doivent être satisfaits; là réside le problème nouveau qui s'élève entre l'Amérique et Rome; l'immutabilité et la nouveauté vont se trouver en présence; elles ont à décider sur un objet d'une importance que rien ne peut surpasser, ni quant au fond, ni quant à l'espace sur lequel il porte.

Le caractère de stabilité inhérent à Rome, avertit quiconque traite avec elle, qu'il faut songer à l'avenir autant qu'au présent; avec Rome, quand on a signé, il est trop tard pour se repentir; elle ne sait pas abandonner ce qui a été fait; encore à cette heure, la France n'a pas pu parvenir à se défaire des embarras résultant d'un concordat fait il y a 300 ans ; dans ses négociations avec Rome, l'Amérique doit se régler sur cette connaissance de son caractère particulier; c'est une donnée certaine qu'elle ne doit pas perdre de vue; qu'elle prenne bien garde en signant une première fois, car

1 Avant la révolution, à Rome, le roi de Prusse n'était encore que le marquis de Brandebourg, et l'empereur de Russie, le czar de Moskovie.

avec Rome le retour est difficile. Le principe de conduite à observer à l'égard de Rome, c'est de n'avoir à faire avec elle qu'une seule fois, mais cette fois de savoir bien ce que l'on fait ; car lorsque l'on l'ignore, Rome le sait. Dans ses négociations avec Rome, l'Amérique est donc conduite, par les attributs même de Rome, à faire reconnaître et établir un principe général d'action dans la satisfaction de ses besoins religieux, principe qui soit capable de la dispenser de recourir sans cesse à Rome; ici, le véritable esprit religieux emprunte à la prévoyance toutes ses alarmes et toutes ses clartés. L'Amérique appartient au catholicisme; il faut qu'elle lui reste; le catholicisme est inséparable de l'union avec Rome; le peuple américain a été formé au catholicisme par des maîtres espagnols; la rupture avec Rome peut avoir les plus graves inconvéniens, même dans l'ordre politique; de son côté, Rome a le plus grand intérêt à la conservation de ce superbe domaine. Par la plus heureuse combinaison, il y a donc concours d'intérêts pour la conservation du catholicisme en Amérique; ainsi, tout dépend de la manière dont on s'y prendra des deux côtés pour accomplir ce grand ouvrage; de part et d'autre, il y a à éviter tout excès, toute prétention, toute tenacité, soit à la vétusté, soit à la nouveauté ; il faut voir ce qui est applicable à l'Amérique dans sa nouvelle formation, et ne pas s'obstiner à se régler sur l'ancienne; la catholicité ne doit pas être sacrifiée à des maximes ou bien à des pratiques que le temps a privées de leur ancienne valeur; il faut que tout soit réglé sur l'état de la nouvelle Amérique, et non pas sur celui de l'ancienne qui n'a plus rien de commun avec celle d'aujourd'hui. Les institutions doivent se rapporter aux temps, aux lieux, aux personnes, et non pas ceux-ci à celles-là. Puisqu'il faut qu'il existe entre l'Amérique et Rome un lien solide et durable, il ne faut pas qu'il soit de fer; une matière plus ductile y conviendra mieux; de son côté, l'Amérique ne peut vouloir que des choses conformes à sa nouvelle position, à son désir de tenir au catholicisme; elle n'a pas un seul intérêt contraire à cette intention orthodoxe; elle a fait du culte catholique le culte exclusif de toutes ses républiques; son intention ne peut donc pas être révoquée en doute; elle ne peut pas paraître, ni être exigeante en demandant qu'on lui fournisse les moyens de satisfaire à ses devoirs religieux, sans y attacher d'insupportables gênes...Car, heureusement, il n'y a entre l'Amérique et Rome aucun sujet de discorde sur le fond; toutes deux veulent la même chose, le catholicisme; les difficultés ne pourraient s'élever que sur les moyens d'entretenir le catholicisme, et de satisfaire aux besoins religieux de l'Amérique.

Ici apparaît la question dans toute sa vérité : la voici; elle tient à la géographie. Rome peut-elle, du centre de l'Italie, gouverner directement l'Amérique? Celle-ci doit-elle être assujettie à recou

rir à Rome à chaque mutation de siége épiscopal, et à chaque cas réservé à Rome? L'éloignement, les dangers de longs voyages sur mer, leur cherté, les incommodités du déplacement, n'exigent-ils pas, dans l'intérêt même du catholicisme, que l'Amérique trouve dans son propre sein les moyens de suivre son culte, d'accomplir ses devoirs religieux, sans subir des inconvéniens de cette nature? It est évident qu'à la longue ils peseraient sur l'Amérique d'un poids insupportable, et la porteraient à des résolutions extrêmes; car, enfin, il n'y a plus en Amérique un roi d'Espagne conservateur de l'autorité de Rome, mais six grandes républiques; plus de clergé espagnol, mais un clergé américain; il n'y a plus de portes fermées aux lumières, plus d'enseignement de Salamanque, plus de population clair-semée sur de vastes espaces, mais des hommes qu'il faudra compter par millions. Un monde nouveau s'est formé; il faut avec lui une direction nouvelle. La considération des distances doit surtout être appréciée. Que l'on remarque une des sources des grandeurs de Rome, soit guerrière, soit religieuse: c'est sa position centrale en Italie et dans le monde alors connu. Par elle, elle touchait à la fois à tout; alors la Méditerranée était le centre du monde, et Rome occupait le centre de la Méditerranée. La distance lui a toujours été fatale; elle n'a pas même pu retenir Constantinople: tout le Nord lui a échappé; il ne lui est resté que ce qui l'avoisine, avec les colonies de ces Etats voisins. Là, où Rome ne peut pas atteindre directement, elle gouverne par des vicaires apostoliques; ainsi Rome guerrière gouvernait les provinces éloignées par des proconsuls; mais cette pratique n'est bonne que pour des colonies resserrées, ou pour des pays auxquels des missions suffisent; ce moyen serait insuffisant et illusoire pour l'Amérique; il n'est pas employé dans les grandes monarchies de l'Europe; leur dignité s'en tiendrait blessée. La désignation de ces agens pouvant revenir souvent, elle ferait ressentir à l'Amérique les inconvéniens de recourir fréquemment à Rome pour les remplacer. Ces agens seraient révocables, ils dépendraient plus de Rome qu'ils ne seraient attachés à l'Amérique. moyen d'union avec Rome est donc impraticable. Il faut que l'Amérique trouve chez elle tout ce qui lui est nécessaire pour l'exercice constant et facile de son culte.

Ce

Celui-ci s'entretient par l'épiscopat, mais Rome veut être maîtresse de l'épiscopat, et le faire découler d'elle comme en étant la source: c'est là sa prétention, et ce qu'elle réalise par l'institution canonique. C'est dans la force de ce lien qu'elle se confie pour maîtriser les souverains, et pour les forcer à lui céder par le refus

La prétention de Rome est de tenir le pouvoir directement de J.-C., et de le communiquer à l'épiscopat, qui ne le reçoit ainsi que d'une manière secondaire.

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