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voici : elle se ruinait pour fermer la source de sa plus grande prospérité commerciale, car les Etats-Unis libres vendent au commerce anglais quatre fois plus que les colonies américaines ne faisaient; et cette extension du commerce va toujours en croissant, car il est dans sa nature d'aller toujours en augmentant. On pourrait dire que l'Angleterre aurait aujourd'hui le même intérêt à perdre l'Inde ; elle a fait à l'égard de ce pays tout ce qu'elle avait intérêt d'y faire; 1° égaler l'industrie indienne; 2° y créer le goût des consommations de l'Europe. Arrivées à ce point, ni l'Angleterre, ni l'Europe n'ont plus besoin de la souveraineté de l'Inde ; elles ne doivent plus songer qu'à affermir et à étendre l'empire de leur commerce dans cette contrée. L'extension des relations commerciales avec elle est leur seul intérêt. En se démettant de la souveraineté, elles gagneront les frais de garde et de guerre, elles auront les bénéfices du commerce en produit net. L'Europe a pris la supériorité dans les arts sur l'Inde; celle-ci bénéficiait sur l'Europe par cette supériorité; elle a passé du côté de l'Europe ; elle n'a donc plus besoin de la souveraineté, ou si elle la retient encore, ce ne peut plus être que comme le moyen d'étendre son commerce dans l'Inde. Par Ja même raison, quand la grande colonie du Cap, quand la Nouvelle-Hollande auront acquis une population nombreuse, l’Angles terre pourra également s'en détacher, en se bornant au commerce avec elles. Je me sens fortifié dans la foi à cette théorie, par ce que lord Palmerston, ministre de la guerre en Angleterre, a insinué au Parlement dans une de ses dernières séances, sur l'opportunité de la conservation de ses colonies pour l'Angleterre. Cette opinion, d'un genre bien neuf, au milieu des préjugés qui règuent encore sur cette matière, provient des lumières nouvelles que plus de réflexions et de faits ont données sur la vraie direction des sociétés. On a été à portée de reconnaître ce qui les sert ou qui leur puit; et dans cette honorable carrière, la justice oblige à l'avouer, le gouvernement anglais prend une glorieuse initiative; chaque jour il abat un pan du vieil édifice des préjugés malencontreux qui ont si long-temps pesé sur l'Europe, composé une direction désastreuse pour elle, et obstrué les voies de la vérité. Mais enfin, celle-ci s'est fait jour; elle éclaire d'une lumière nouvelle toute cette question des colonies, une des plus maltraitées de toutes celles qui ont pris place dans la direction des sociétés e et des intérêts humains. Cette lumière molltre et fait ressortir le principe élémentaire dans l'ordre colonial, celui que la souveraineté et la propriété n'y sont pas toujours nécessaires, et qu'elles peuvent être suppléées avec avantage par l'extension du commerce. Voilà la nouvelle clarié à la lueur de

laquelle on va désormais marcher, et qui de plus révèlera la vérité ** la plus précieuse pour le genre humain; c'est que le moyen de

prospérer soi-même, est de faire prospérer les autres, et tel est l'effet.

infaillible du commerce. Jusqu'ici, on a voulu prospérer par le mal d'autrui; mieux informés, on ne cherchera plus à le faire que par

le bonheur général. D'après ce principe, recherchons ce que l'Espagne retirait de l'Amérique, par la souveraineté et par la

propriété, et 'voyons ce qu'elle peut récupérer par les relations cominerciales croissantes avec l'Amérique; ce que lui valait l'Amérique colonie, et ce que peut lui valoir l'Amérique indépendante, et amé. liorée par l'indépendance.

Depuis l'ouverture des douze ports de la Péninsule avec l'Amérique, en 1778, le produit net de l'Amérique pour le gouvernement de l'Espagne, a été annuellement de 60,000,000 f. On ne peut pas évaluer également les produits du commerce ; car ils se composaient en grande partie d'objets étrangers; il passait par des mains étrangères, et aboutissait à des marchés étrangers ; presque toutes les maisons de commerce en Espagne étaient étrangères; de plus, il faut 'temr compte des frais de guerre et des pertes occasionnées par les interruptions de commerce que causaient les guerres : alors l'Espagne était obligée de recourir à des voies détournées pour faite 'arriver chez elle ses revenus américains, et cette voie est toujours fort chère. De 1761 à 1814, dans un espace de cinquantetrois ans, l'interruption par la guerre en a rempli dix-neuf, c'est-àdire plus du tiers. Si toutes les pièces de cette grande comptabilité étaient recueillies avec soin, peut-être, au grand étonnement de tout le monde, finirait-on par trouver que l'Espagne n'a rien gagné, et qu'elle a perdu à posséder l'Amérique. L'état dans lequel cette riche possession, après trois cents ans de jouissance, a laissé l'Espagne, autorise à ne pas regarder cet aperçu comme arbitraire, Supposons un autre ordre de choses, celui qui existe; l'indépendance de l'Amérique peut-elle offrir à l'Espagne de quoi compenser la perte de sa souveraineté ? pour cela, il faut voir ce qu'est l'Espagne, et ce que va être l'Amérique indépendante.

L'Espagne n'a-t-elle pas dans son propre sein, abondance et excellence de toutes choses ? L'Espagne ne fait-elle point partie de cette zone éclairée et policée dans laquelle l'esprit humain, père des arts, des talens, de l'industrie, peut s'exercer librement? Qui borne l'Espagne dans le développement de ses facultés, dans l'exploitation de son sol, dans la fabrication de ses matières premières, dans l'amélioration de ses champs et de ses ateliers ? Où donc se 'inontre l'obstacle ? Dans les choses ou dans les hommes ?

Quand l'Espagne voudra, elle centuplera ses moyens de commerce avec, l'Amérique; ne l'a-t-elle pas fait en 1778, à l'époque de l'ouverture des douze ports ? alors la Catalogne et les Asturies changèrent de face.. L'Espagne a, pour se rassurer sur ces pertes tant redoutées, un exemple personnel. L'exclusif du conimerce passait chez elle pour le pivot de l'ordre colonial, pour le palludium de ses intérêts

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en Amérique; il fallait le maintenir à tout prix. Le conseil des Indes à Madrid aurait cru que tout était perdu par l'infraction de cette vieille loi. Qu'arrive-t-il dans ce moment mênie? Pendant la guerre de 1796 à 1814, l'ile de Cuba rompt l'exclusif du com, merce espagnol, et ouvre tous ses ports ; en 1814, l'Espagne repas raît, mais elle revient avec son vieux système. On veut bien d'elle, mais non plus de son régime; il faut y renoncer ou subir l'indépendance. Les hommes de routine ne manqueront pas de croire qu'avec la perte de son exclusif à la Havanę, l'Espagne y a perdu tous ses revenus ? C'est tout le contraire qui a lieu. Le port de la Havane, qui, sous le régime exclusif, ne recevait pas vingt yais, seaux par an, en a compté douze cent cinquante en 1824; Jes quatre autres ports de l'île en ont reçu dans la même proportiona Qu'on interroge les registres de la douane à Cuba, et que l'on voie si, dans cette liberté de commerce qui a procuré ce prodigieux accroissement du mouvement commercial, si, dans l'accroissement du produit des terres, de leur prix, de l'industrie et des consommations, il ne se trouve pas un dédommagement surabondant pour les perles qu'a pu occasionner la suppression de l'exclusif. . Quand l'Espagne possédait l'île de la Trinité, elle la possédait en vain, car elle l'avait complètement stérilisée; le régime anglais et le voisinage de la côte, ferine l'ont prodigieusement vivifiée dans le cours de quelques années. Supposons que l'Espagne, après avoir cessé de la posséder, établisse des relations commerciales avec elle; ne tirerait-elle pas par cette voie des produits plus abondans qu'elle ne le faisait par la propriété même? Eb! qu'importe la source du produit le moyen n'y fait rien ; qu'il vienne par la souveraineté ou par le com, merce, quelle est la différence? Celle-ci n'existe point par le principe, mais par le résultat, la quotité; la même chose se représente encore à la Nouvelle-Orléans. Que rendait-elle à l'Espagne par la propriété ? Qu'était-elle pour l'Espagne par la souveraineté ? En 1824, elle a admis huit cents vaisseaux, là où, sous le ré. gime de l'Espagne, elle n'en recevait pas vingt. Cette augmentas, tion de richesse n'offre-t-elle pas à l'Espagne, quand elle le voudra, un dédommagement bien supérieur à la perte qu'elle a pu faire par la cession de la souveraineté et du territoire ? L'Espagne se trous, vera, vis-à-vis de son Amérique, dans la position où l'Angleterre s'est placée vis-à-vis de la sienne; elle croyait y perdre, elle y a, immensément gagué. Et comment douter de ce résultat, en contemplant le superbe et immense marché de l'Amérique libre de tout demander, de tout recevoir, de tout produire ? Qui peut assigner des bornes à la population d'un sol de cette étendue, de cette richesse, pénétré par tant de fleuves, borile de tant de rivages, partagé entre l'aspect de l'Asie et celui de l'Afrique? En quoi peui-on comparer les effets de l'ordre passé à ceux du nouveau ? Et c'est

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là ce qui trompe; on juge de l'Amérique libre, par l'Amérique esclave, fermée par l'Espagne, enchaînée à l'Espagne ; de l'Amé. rique centre de l'univers, par l'Amérique exclue de l'Univers par l'Espagne. Oui, le langage humain est impuissant à peindre ce que la liberté de l'Amérique sera pour l'anivers ; sa première découverte ne fut rien auprès de ce que fera la seconde, sa libération, qui est une nouvelle découverte de ce pays. Cette liberté devient une seconde création pour le genre humain, et qui redressera presque toutes les difformités qui, dans l'ordre social, ont fait la règle commune depuis la première. On ne sait pas assez ce que c'est que la liberté de l'Amérique, ce qu'elle renferme pour le genre humain, et l'immense influence qu'elle aura surses destinées. De nos jours le centre de gravité du monde est trouvé, il est en Amérique. Et que l'on ne dise pas que le bénéfice des relations avec l'Amérique s'amincira en se partageant entre tous les peuples, et que la part de l'Espagne sera moindre; erreur et préjugé que cela, ignorance de la marche des affaires humaines. Tout le secret est de faire prospérer pour prospérer soi-même. Est-ce donc qu'en Amérique il n'y aura point de place pour tout le monde? Ce ne sera pas elle qui manquera à l'Europe, mais l’Europe qui manquera à l'Amérique. L'Angleterre partage bien le commerce des ÉtatsUnis avec les autres peuples ; s'aperçoit-on que le partage lui nuise? Elle a ouvert l'Inde au commerce américain; s'aperçoit-on que le sien ait diminué par cette concurrence! Tous les peuples ne sont-ils pas admis chez tous les peuples ? Quel tort cela leur fait-il? Il s'ensuivrait de cette théorie excluante, que tout le commerce devrait appartenir à un seul, et qu'il aurait le droit de le réclainer, en alléguant la crainte des pertes que l'admission des autres pourrait lui causer. L'Espagne aura donc à cette indemnité la part qu'elle voudra y prendre, celle-ci dépendra de son travail et de son industrie; désormais on n'a plus rien pour rien, le monde en sait trop pour cela, et les droits de la paresse sont abolis. Que l'Amérique prospère, et l'Europe avec l'Espagne prospèreront par elle et au même degré qu'elle; voilà tout ce qu'il y a d souhaiter pour toutes les deux, le sort des unes est attaché à celui de l'autre.

Le même calcul ne peut pas être appliqué à la Grèce : là, tout sera en pure perte pour la Turquie. Dans ce pays, la religion est un poids imposé, un absorbant sur toutes les facultés de l'homme, elle le poursuit dans la loi civile. Pour faire d'autres choses en Turquie, il y faut d'autres hommes ; chez elle, une révolution ne peut être que la substitution d'un autre peuple à celui qui l'habite; tant que le pays sera habité par des Turcs, il sera Turc, sélim III a péri victime de l'introduction d'innovations devenues indispensables pour la sûreté de l'empire. Dans ce pays, comme ailleurs, il peut naître un homme de génie, mais il n'aura pas de successeur; le

peuple entier fait l'interruption, la masse totale de l'Etat résiste. Le czar Pierre, de tous les hommes celui qui peut-être était le plus fait pour régénérer un peuple, aurait glissé sur Constantinople, ou bien y aurait péri; il n'aurait pu transférer l'empire ni sa personne hors du sérail. Én lui supposant personnellement tout le succès, tout le bonheur possible, c'est-à-dire celui de ne pas périr de la main du fanatisme et de l'ignorance alaroiée, le bien s'arrêtait à lui; son successeur eût été Turc, et il n'y aurait eu rien de fait... Ce pays est incurable; dans cet état, la séparation de la Grèce tour. nera tout entière en pette pour la Turquie; celle-ci ne remplacera pas les tributs par le travail qui étend le commerce. Quand elle ne reçoit pas de l'argent comme tribut, la Turquie ne sait pas le faire arriver par le commerce, et c'est en cela que consiste l'art des dédommagemens créés par la civilisation moderne. Elle donne les moyens de substituer les bénéfices du commerce à ceux de la souveraineté; mais les Turcs n'en sont pas encore là. Quand, a force d'entasser des fautes, ils seront expulsés de la Grèce entière, ils ne songeront pas à tracer un sillon de plus, d élever une nouvelle fabrique; ces fidèles croyans se borneront à dire : Allah! Allah! Dieu est grand et Mahomet est son prophète : et avec ce beau dédommagement, ils iront compléter le desséchement et la ruine de l'Asie et de l'Afrique. Race fatale à l'humanité, dans les veines de laquelle circule l'instinct de la destruction, qui a des mains et des pieds de fer pour tout briser, des sens fermés à tous les instincts nobles, éclairés, généreux; peuple voué aux fers et aux ruines, s'y complaisant silencieusement comme dans l'état naturel de l'humanité, mettant la jouissance dans les privations, sortant d'un sommeil a pathique pour se livrer à l'extermination ; Aéau de l'Asie et de la terre des Ptolomée, ayant changé en désert ces merveilles du monde, et couvert ces fertiles rivages, qui autrefois nourrissaient Rome, d'une classe d’êtres stupides et féroces, dignes d'être issus des monstres qu'enfante le dur sein de l'Afrique.

Maintenant, si l'on demande quel est l'intérêt de l'Europe dans ces deux révolutions, je répondrai: il est double: 1° intérêt de civilisation; 2° intérêt de fortune. Ceci veut être expliqué.

Quel est aujourd'hui le besoin essentiel de tous les peuples? la civilisation ; quelle est la source de l'accroissement de leur fortune? la civilisation; à quoi servent à l'humanité des êtres que le défaut de civilisation rend tout-à-fait étrangers aux communications établies entre tous les hommes ? à rien, moins encore que les animaux, dont au moins la dépouille prête à des usages utiles à l'homme, Qu'a fait de l'Europe la civilisation établie et croissante au milieu d'elle? Un temple des arts, où la multiplication des prêtres fait des victimes avec ceux dont les talens restent sans emploi, talens que l'inaction indigente peut rendre perturbateurs, et que l'éduca

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