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malades ont des sensations, des mouvements, des associations d'idées, des souvenirs en apparence corrects, il ne voit pas ce qui leur manque, il est disposé à croire qu'ils se trompent et à les traiter de malades imaginaires. Chez un certain nombre de ces malades on doit remarquer d'abord que les fonctions psychologiques sont diminuées: les actes n'ont ni la force, ni la vitesse, ni surtout la durée normale. Au début toutes les actions semblent pouvoir être exécutées correctement, mais après peu de temps ou après un petit nombre de répétitions ces mêmes actions deviennent difficiles, pénibles, elles sont accompagnées d'agitations et ne tardent pas à devenir impossibles. Il s'agit là d'une diminution de la force psychologique dont nous avons relevé la grande importance. Nous n'insisterons pas maintenant sur ces asthénies simples, elles se présentent rarement à l'état pur, le plus souvent les malades présentent en même temps des troubles d'une autre nature. Pour apprécier les asthénies il est nécessaire de connaître les autres troubles plus importants, les agitations et les dépressions proprement dites qui expliquent et qui justifient les sentiments présentés par les malades.

Dans un grand nombre de cas les actes au lieu d'être diminués paraissent au contraire exagérés: le malade remue beaucoup, il aecomplit des actes de défense, de fuite, d'attaque, il parle énormément, il paraît évoquer beaucoup de souvenirs et combiner toutes sortes de récits dans des rêveries interminables. Mais examinez la valeur et le niveau de tous ces actes, ce sont de simples gestes, des tics, des commencements d'actes inachevés, des secousses des membres ou des secousses de la poitrine, des rires, des sanglots, des efforts respiratoires, en un mot des réactions simplement réflexes ou perceptives en rapport avec des stimulations immédiates sans inhibition, sans choix, sans adaptation, sans réflexion. Les pensées qui remplissent ces ruminations sont enfantines et bêtes comme les actes sont grossiers et maladroits, il y a un retour manifeste à l'enfance et à la barbarie et la conduite de l'individu agité est bien audessous de celle qu'il devrait normalement avoir. Il est facile de traduire ces faits dans le langage que nous avons adopté: l'agitation consiste tantôt dans une activation complète de tendances inférieures, tantôt dans une activation très incomplète de tendances un peu plus élevées mais encore fort au-dessous de celles que le sujet devrait utiliser.

C'est qu'en réalité l'agitation n'existe jamais seule et qu'elle est toujours accompagnée par un autre phénomène très important qu'elle dissimule quelquefois, je veux parler de la dépression caractérisée par la diminution ou la disparition des actions appartenant aux niveaux les plus élevés de la hiérarchie. On observe toujours que chez ces malades

certaines actions ont disparu, que certains actes exécutés autrefois rapidement et aisément ne peuvent plus être accomplis. Ces individus semblent avoir perdu leur délicatesse, leur altruisme, leur critique intelligente. L'arrêt des tendances éveillées par la stimulation, la transformation des tendances en idées, la délibération, la réflexion, l'essai semblent supprimés aussi bien que l'effort moral et l'appel aux réserves pour exécuter un acte pénible. Il y a visiblement un abaissement du niveau psychologique et il est juste de dire que ces individus sont audessous d'eux-mêmes.

Ces deux phénomènes, l'agitation et la dépression sont presque toujours associés: il est probable que cette union dépend de quelque loi très générale relative à la dépense des forces psychologiques. Il est probable que les phénomènes supérieurs exigent sous une forme de concentration, de tension particulière, beaucoup plus de force que les phénomènes d'un ordre inférieur, quoique ceux-ci puissent paraître extérieurement plus violents et plus bruyants. "Quand une force primitivement destinée à être dépensée pour la production d'un certain phénomène supérieur reste inutilisée parce que ce phénomène est devenu impossible il se produit des dérivations, c'est-à-dire que cette force se dépense en produisant en grande quantité d'autres phénomènes inutiles et surtout bien inférieurs1.".

Pour ne prendre qu'un exemple considérons un moment le trouble banal de la timidité. Le timide qui a entrepris de parler en public ne peut. pas y parvenir, il ne peut pas soutenir une conversation, il ne peut même pas entrer correctement dans un salon. C'est, dit-on, qu'il est troublé par l'émotion : il a des palpitations, des spasmes respiratoires, des secousses musculaires, un afflux d'idées dans la conscience, ce sont ces phénomènes d'agitation qui le gênent et qui l'empêchent d'agir. Si ces phénomènes ne le troublaient pas, il serait fort capable de bien s'exprimer: il réussit fort bien à faire tout seul dans sa chambre en parlant à des chaises la conférence qu'il ne peut pas faire devant le public. Il y a là un malentendu: l'action accomplie quand on est seul est une tout autre action que l'action faite devant le public, la première peut n'être qu'un bavardage du niveau des actes intellectuels élémentaires, la seconde demande un acte du niveau ergétique ou rationnel. Celle-ci se complique encore par l'acte d'affirmer sa personne, de l'exposer aux jugements d'autrui: c'est une de ces conduites relatives à la valorisation de la personne qui jouent un rôle essentiel dans les conduites ergétiques. Il est facile de constater que le timide est en réalité incapable d'une action de cet ordre élevé et 1 Obsessions et psychasténie, 1903, 1. p. 559.

que la dérivation se produit toutes les fois qu'il est amené à essayer d'en accomplir une semblable. Sans doute il y a des cas embarrassants que nous aurons l'occasion de signaler tout à l'heure quand nous parlerons de l'émotion où la dépense excessive de forces peut être jusqu'à un certain point primitive et amener à sa suite l'épuisement et la dépression mais en général l'agitation et la dépression se développent parallèlement.

L'abaissement de la tension psychologique est quelquefois si net que certains phénomènes caractéristiques apparaissent au moment où il se produit. Dans notre première réunion nous avons déjà fait allusion au phénomène de la décharge qui permet d'interpréter bien des troubles pathologiques. Quand nous faisions autrefois l'étude des crises nerveuses, des attaques hystériques ou des accès épileptiques nous avons trop considéré l'attaque en elle-même pendant son développement; il faudrait à mon avts étudier davantage l'état physiologique et psychologique du sujet avant la crise et après la crise, on noterait des changements fort importants qui nous apprendraient beaucoup sur cette dynamique psychologique dont j'essaye de vous montrer l'importance. Déjà les anciens observateurs comme Briquet avaient observé que “malgré le brisement qui suit immédiatement l'attaque spasmodique les femmes hystériques se sentent plus légères, les membres plus dispos et l'esprit moins préoccupé qu'avant l'attaque.” Avant l'attaque il y avait disproportion entre la quantité et la tension des forces psychologiques et la dépense des forces pendant l'attaque a rétabli cet équilibre dont j'ai essayé de vous montrer l'importance.

Très souvent l'attaque nous permet d'observer un autre fait également bien instructif, c'est le phénomène de la détente. On peut constater des faits de ce genre au cours des traitements des malades déprimés et il constitue malheureusement un des plus grands obstacles à leur guérison. Par différents procédés nous avons déterminé une excitation, c'est-à-dire que nous avons obtenu un fonctionnement plus actif et la restauration des activités dont le sujet paraissait incapable: les amnésies, les paralysies, les doutes, les obsessions et même quelquefois les délires semblent avoir disparu, la guérison des troubles mentaux semble complète. Mais après un temps variable, après quelques jours ou quelques heures survient une attaque plus ou moins violente et au réveil les mêmes symptômes sont réapparus car la dépression est de nouveau la même. Il n'y a pas eu simplement décharge des forces surabondantes, il y a eu changement de toute l'activité psychologique et diminution de la tension. Les accès épileptiques surtout nous permettent trop souvent de constater cette déchéance: l'état mental d'un épileptique avant et après la crise pourrait

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souvent être représenté par une figure schématique où la courbe de la tension psychologique nous montrerait la profondeur de la chute pendant l'accès quand le malade retombe au niveau des actes simplement réflexes et quand son agitation convulsive n'est qu'une dérivation par arrêt complet des phénomènes supérieurs, puis elle nous montrerait le relèvement d'abord assez rapide ensuite plus lent des fonctions psychologiques et enfin l'arrêt plus ou moins prolongé à un niveau inférieur à celui où se plaçait le malade avant l'accès. De telles courbes d'ailleurs pourraient être employés dans bien d'autres cas pour caractériser bien des troubles névropathiques où l'on observe également des phénomènes analogues de détentel.

Il n'est pas nécessaire qu'il y ait une crise convulsive pour que nous observions des détentes importantes, nous les constatons après des crises de pleurs, des migraines, des agitations variées. D'ailleurs la détente ne se manifeste pas toujours d'une manière aussi visible: elle peut se faire graduellement d'une manière insensible, mais toujours on constatera dans les troubles des névroses et des psychoses qu'il y a une dépression plus ou moins accompagnée d'agitation.

II.

La connaissance de la hiérarchie des fonctions psychologiques peut nous aider à mettre un peu d'ordre dans la description des innombrables troubles de l'esprit observés et décrits isolément comme au hasard par les moralistes et par les médecins. Il faut cesser de mettre une cloison imperméable entre les erreurs et les fautes, les bizarreries du caractère décrits par les moralistes et les romanciers et les maladies de l'esprit étudiées par les médecins. Les aliénistes ne doivent pas non plus se borner à décrire isolément les aboulies du psychasténique, les états mélancoliques, les états confusionnels, etc.: ils doivent établir les relations de ces divers états les uns avec les autres. Il me semble possible de démontrer que la plupart de ces troubles de la conduite ne sont que des degrés de la même dépression plus ou moins profonde. La profondeur de l'abaissement est caractérisée par le nombre plus ou moins grand des fonctions supérieures qui sont altérées ou supprimées et par le degré qu'occupent dans la hiérarchie les fonctions conservées et exagérées. Ce sont ces degrés de profondeur dans la dépression qui donnent aux différents troubles de l'esprit leur apparence si distincte.

Nous ne pouvons faire à ce propos que quelques remarques générales: i Les médications psychologiques, 1920, III. p. 124; cf. Ibid. pp. 115, 122, 273–277.

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certaines dépressions n'atteignent que les degrés les plus élevés de la hiérarchie psychologique, les fonctions progressives ou les expérimentales ou même les tendances rationnelles. Ces dépressions légères sont le plus souvent compatibles au moins en apparence avec la santé normale et les hommes ne sont pas habitués à les considérer comme des maladies; les troubles qu'elles déterminent sont appelés des erreurs logiques ou des fautes morales. Un esprit faux, un individu qui ne tient pas compte des souvenirs dans sa conduite présente, qui “donne le coup de pouce à l'expérience,” paraît simplement raisonner mal; le paresseux, celui qui manque de courage, qui ne tient pas ses engagements, c'est-à-dire qui descend au-dessous des tendances ergétiques et rationnelles, se conduit mal et fait une faute morale. Quand le trouble atteint les tendances réfléchies et détermine les aboulies, les doutes, les phobies, nous commençons à parler de névroses. Mais nous n'hésitons pas à employer les mots de psychose et d'aliénation quand il s'agit des délires pithiatiques ou des confusions mentales où apparaissent les agitations ou les insuffisances des opérations asséritives ou des intellectuelles élémentaires. Enfin nous découvrirons des maladies du système nerveux, de vraies lésions organiques quand nous constaterons des altérations des actes perceptifs ou des réflexes. Nous ne devons cependant pas oublier que toutes ces altérations sont au point de vue psychologique de la même nature et se rattachent les unes aux autres d'une manière continue.

En nous plaçant à un autre point de vue les mêmes notions nous permettront de déterminer l'importance de tel ou tel syndrome en le situant à sa place dans une série. Pour prendre un exemple, vous connaissez ces malades si intéressants rattachés autrefois par Krishaber à la névrose cérébro-cardiaque, ces malades qui se plaignent d'avoir perdu la réalité des objets ou la réalité d'eux-mêmes: “Je ne sais plus si le monde existe...je me demande si les objets qui m'entourent ne sont pas un rêve, une comédie.... Il me semble que je suis morte et entourée de cadavres dans un tombeau noir.... Ma personne réelle a disparu et vous ne parlez qu'à une ombre vaine de moi-même....” Ces malades ont justement attiré l'attention des philosophes et vous vous rappelez la page brillante de Taine qui voit dans l'étude de ces malades toute une restauration de la philosophie: “une observation de ce genre valant plus, disait-il, que tout un volume de métaphysique sur la substance du moi.” J'ai recueilli longuement au moins 60 observations de ces malades qui sont plus nombreux qu'on ne le croit, j'ai noté avec curiosité toutes les variétés quelquefois bien bizarres du phénomène, et à bien des reprises j'ai proposé une interprétation de ce curieux symptôme. Il me semble

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